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« Il faut libérer les femmes voilées… en les excluant » Vraiment ?

Le récit des « femmes forcées à porter un foulard » est récurrent dans le débat public, lorsqu’il s’agit de mettre en cause celles qui le portent. Pourtant, ceux qui mobilisent cet argument cherchent rarement à vérifier la réalité d’une telle idée.

Dans une enquête fournie, la journaliste Aude Lorriaux a interrogé de nombreux universitaires, afin d’apporter quelques éléments de réponse, pour parler à la raison et montrer la marginalité de telles pratiques.

Pourtant, malgré tant d’explications, il demeure difficile de comprendre ce qui peut spontanément pousser une personne à se dire :

« Aujourd’hui je vais travailler à l’exclusion des femmes musulmanes portant un foulard. Et ce sera bien. »

Le malaise face à ce type de débat est d’autant plus grand que les seules personnes légitimes à en parler, si elles le souhaitent et pas sous injonction, sont les femmes qui le portent.

Elles seules sont fondées à choisir librement la manière dont elles souhaitent s’habiller et elles seules peuvent définir le sens qu’elles associent (ou non) à ces choix. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il existe autant de raisons de porter un foulard que de femmes qui le portent. De ce point de vue, il s’agit aussi de restituer à toutes ces personnes leur individualité, leur récit personnel, leurs mots, leurs aspirations… bref, leur humanité.

Pour les mettre en cause et leur bloquer l’accès à des espaces de participation (politique, éducatif, professionnel, associatif ou autre), on a construit des rôles génériques pour ces femmes. Elles sont d’abord deve‐ nues des femmes-voilées (TM), avant d’être finalement décrites soit comme des personnes manipulées (par le père, le mari, le frère, l’oncle, l’imam, etc.), incapables de choisir par elles‐ mêmes (ou déjà sous emprise sectaire), soit des « militantes politiques » cherchant à investir l’espace commun en se servant de leur foulard comme d’un outil de conquête.

A celles et ceux qui militent sans cesse pour l’exclusion textile des femmes portant un foulard, nous posons ces questions:

1) si elles sont forcées à porter le foulard par leur entourage, pourquoi les punir une seconde fois en les excluant de l’éducation et du travail ?  Un tel procédé consiste à sanctionner la victime, plutôt que le patriarcat que l’on identifie comme la cause principale de leur oppression ;

2) si elles ont un agenda politique caché sous leur foulard, en quoi ledit agenda disparaîtraitil en les dévoilant ? À moins que ce pouvoir secret soit rangé subtilement entre les mailles d’un morceau de tissu, telle la toison d’or de Jason dans la mythologie grecque…

3) si la laïcité concerne la séparation entre le politique et le religieux, pourquoi estelle invoquée sagissant de l’égalité hommefemmes, alors même qu’il s’agit d’un principe d’organisation juridique qui, justement, déclare l’État incom‐ pétent pour juger des pratiques cultuelles (et vestimentaires) ;

4) si c’est au nom de l’égalité hommes‐femmes que l’on souhaite interdire l’accès des femmes musulmanes, pourquoi ne commencerions‐nous pas par établir un droit fondamental (complètement farfelu), comme celui de décider soimême de sa foi, de sa manière de la pratiquer et de shabiller, à égalité entre les hommes et les femmes, mais également entre toutes les femmes et tous les hommes ? Et puis, pour transformer ces principes en réalité, on s’attaquerait par exemple aux violences contre les femmes ou aux inégalités salariales…

5) si la liberté de religion ne doit se vivre pour les femmes portant un foulard que dans l’espace privé (soit là où elles ne le portent généralement pas), alors comment concevoir l’idée d’une liberté qui ne se manifesterait pas, comme si la liberté d’expression était une invitation au silence et que les droits devenaient automatiquement caducs dès lors que l’on souhaitait s’en servir ?

6) si le foulard est une conséquence vestimentaire de l’« opium du peuple » et que c’est par incapacité à faire face à l’injustice du monde que les femmes voilées trouvent dans l’islam l’illusion nécessaire, ne seraitil pas plus pertinent de remettre le monde à l’endroit, plutôt que de faire la chasse au foulard des travailleuses ?

7) si c’est « par ignorance » que des musulmanes décident de porter le foulard, n’estil pas paradoxal de vouloir leur interdire laccès à l’école, ce lieu précis où l’éducation et l’exposition à des cultures, à des idées, à des croyances dif‐férentes permettent aux esprits de se former et de faire leurs propres choix, en conscience ?

8) si c’est un acte de prosélytisme vestimentaire que de porter un foulard, n’est‐ce pas tout autant du prosélytisme que de l’interdire, en instaurant face à un choix minoritaire une norme répressive majoritaire ?

9) si les musulmanes portant un foulard sont automatiquement des militantes politiques, ne risque‐t‐on pas de leur permettre de s’infiltrer et de se fondre dans la masse en leur ôtant le seul signe distinctif qui permet de les iden‐ tifier pour les déshumaniser, les discriminer, les stigmatiser efficacement ? Ne serait‐ce pas là le drame du « Grand Remplacement » en marche, que de donner nous‐mêmes aux ennemies de la République les moyens de leur victoire, par infiltration plutôt que par conquête explicite ? (sic)

10) si on parle d’égalité, pourquoi ne pas considérer (attention, idée choc) que les êtres humains sont à égale dignité quelle que soit leur couleur de peau, leur origine, leur religion (ou leur absence de religion), leurs choix politiques, alimentaires et vestimentaires, avec ou sans foulard… même si ces choix sont différents des nôtres ?

On écrirait tout cela sur de grandes feuilles blanches que l’on afficherait sur nos murs. Ça pourrait s’appeler… la Déclaration universelle des droits de l’homme.

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