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Zakat al-fitr entre finalisme et litteralisme

Concernant le montant de la zakat du fitr, la tendance littéraliste le limite à un sâ‘ (quatre doubles poignées) de dattes, d’orge, de raisin sec ou de « aqit » (sorte de fromage asséché) conformément au sens littéral du hadîth d’Ibn ‘Umar, excluant ainsi tout autre produit, s’opposant farouchement à l’idée de donner la valeur monétaire de cette zakat.

 

Quelle est donc la finalité de la zakat Al-fitr ? Ibn ‘Abbâs nous l’explique en disant : « Le Messager de Dieu (saws) a prescrit la zakat d’Al-fitr pour purifier le jeûneur de toute parole futile et de tout propos obscène. C’est également une nourriture pour les nécessiteux. Pour qui s’en acquitte avant la prière, ce sera une aumône agréée, et une simple aumône pour qui s’en acquitte après la prière »[1]. Cette finalité est confirmée dans le hadîth : « Epargnez-leur la mendicité ce jour-là (le jour de l’Aïd) »[2].

 

C’est dans cet esprit que le Prophète (saws) demanda de payer la zakat al-fitr sous forme d’un « sa’ » de dattes, d’orge, de raisin sec ou de « aqit » (sorte de fromage dont on a retiré la matière grasse que possédait les propriétaires de bétails et de chameaux). En effet, ces aliments constituaient les aliments de base de la société de l’époque. Tout le monde en possédait. Ainsi, il était plus facile et plus pratique pour celui qui les possédait d’en donner aux pauvres en guise de zakat. De même, il était plus utile aux pauvres de percevoir cette zakat sous formes de ces aliments qui étaient leurs aliments de bases et qui permettaient de pourvoir à leur besoin.

 

Imaginons que le Prophète (saws) avait demandé de payer la zakat en monnaie : le dinar ou le dirham de l’époque. Cette monnaie était très rare. Le dinar provenait de Byzance, le dirham de Perse. Celui qui donne aurait eu du mal à les trouver. Quant au receveur, qu’allait-il faire de cette monnaie. Pour pourvoir à ces besoins, il l’aurait utilisé pour acheter les aliments de bases pour se nourrir, chose, que le donateur avait déjà, autant la lui donner directement !

 

C’est, d’ailleurs, en considérant cette finalité que les premiers jurisconsultes (fuqahâ’) avaient d’ores et déjà permis de remplacer les produits évoqués dans le hadîth par l’aliment de base le plus fréquemment utilisé par les gens de la région (ghâlib qût ahl Al-balad) ».

 

Et c’est pour cette même raison que les hanafites ont permis de verser la valeur monétaire de zakat car ceci est plus facile pour le donateur et plus utile pour le receveur. C’est également l’avis de ‘Umar Ibn ‘Abd Al-‘Azîz et Al-Hasan Al-Basrî, et c’est l’avis le plus approprié à notre époque.

 

Pourtant, certains enthousiastes s’obstinent à vouloir payer zakat al-fitr sous forme non pas de l’aliment le plus répandu comme le préconise la majorité, mais sous forme des aliments énoncés dans le hadith, sous prétexte que ceci revivifierait la sunna ! Admettons que nous donnons des sacs d’orge à un pauvre. Que va-t-il en faire ? Ces kilos d’orge lui permettront-ils de pourvoir à son besoin ? Certainement pas. A-t-on réalisé la finalité de cette zakat ? Pas du tout. A moins que cette prescription prophétique ne renferme aucun esprit et ne vise à réaliser aucun objectif ! La zakat al-fitr serait un corps sans esprit ?! Loin de là. Contrairement à l’époque du Prophète (saws), les gens possèdent tous de la monnaie et n’ont plus ces aliments en réserve. Si nous demandons aux gens de donner la zakat sous forme d’aliments, le donateur sera obligé d’aller acheter ces aliments pour les donner au pauvre. Ne sachant quoi en faire, ce dernier, ira vendre ces sacs de farine ou de semoule à l’épicier du coin qui va les lui racheter à un prix dérisoire. Autant donner cet argent directement, ce qui lui permettrait de pourvoir à son besoin, d’autant plus que les besoins d’aujourd’hui ne sont plus limités à la nourriture. Ainsi, le fait de verser la valeur monétaire de la zakat permet de réaliser parfaitement la finalité de cette prescription dans la mesure où ceci est plus facile pour celui qui donne et plus utile pour celui qui reçoit.

 

Le fait de s’obstiner à se tenir au moyen a conduit au manquement de la finalité, or la règle juridique stipule que la prise en considération des finalités passe avant la considération des moyens.

 

C’est également dans l’esprit du respect de cette finalité qu’on a vu varier le moment de versement de cette zakat.

 

En effet, au début, les musulmans la versaient à partir de la prière du fajr jusqu’à la prière de l’Aïd. La société était simple, et le temps qui séparait la prière du fajr de celle de l’Aïd suffisait pour faire parvenir la zakat à ses ayants droit.

 

L’évolution et le développement de la société poussa ensuite les savants à étendre le moment de versement de la zakat du fitr puisque le temps compris entre l’aube et la prière de l’Aïd ne suffisait plus pour la faire parvenir à ses bénéficiaires. Ainsi, l’imam Mâlik préconisa de verser la zakat du fitr un jour ou deux avant l’Aïd. L’imam Ahmad autorisa son versement à partir du milieu du Ramadan. Quant à l’imam Ash-Shâfi‘î, il l’autorisa dès le début du Ramadan.

Extrait du livre la Sunna : mode d’emploi de Moncef Zenati

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