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“La folie c’est de croire que les mêmes causes donneront des effets différents”

Hier séisme politique mais aujourd'hui d'une affreuse banalité, la présence du FN au second tour n'est pas la seule catastrophe de ce 23 avril. L'autre, presque plus grave, est que le seul candidat pouvant lui faire barrage défend une politique économique et sociale qui catalyse ces phénomènes d'exclusion et de casse sociale. "Faire barrage" aujourd'hui, mais demain ?

Hier 25 avril 2017, j’ai eu trente ans et l’un de mes cadeaux d’anniversaire sera d’avoir la chance de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de l’election présidentielle de mon pays. Emmanuel Macron, ce candidat ouvertement libéral, lisse et marketé présenté comme le “renouveau” de la vie politique sensé faire éclater les clivages d’un monde dit poussiéreux et vieilli. Et Marine Le Pen cette femme opportuniste sensée défendre les intérêts d’un peuple qu’elle méprise et qui - contrairement à Emmanuel Macron, comme un double antagoniste - n’a pas eu à communiquer pour se fabriquer une image ni changer un mot de sa campagne présidentielle précédente pour arriver au second tour. Cette présence, considérée comme une évidence, n’est d’ailleurs plus un événement tant elle était attendue, prédite, mais aussi - et c’est ce qui est grave - acceptée… A croire qu’un cataclysme annoncé n’est plus vraiment un cataclysme…

Nous vivons une période de violences sociales importantes et les contre-pouvoirs pour y faire face s’amenuisent d’année en année. Notre presse n’est plus indépendante et elle est possédée quasiment entièrement par une dizaine d’oligarques. Elle est classé par Reporters sans Frontières au 45e rang mondial de la liberté de la presse “quelque part entre le Botswana et la Roumanie”. Nous vivons actuellement dans un état d’urgence quasi-permanent estimé nécessaire pour lutter contre un terrorisme qui est devenu une menace continuelle. Les violences et bavures policières des deux dernières années (manifestation contre la loi Travail, affaires Adama Traoré, Théo, Shaoyao) n’ont pas du tout eu la meme couverture médiatique sur Internet et à la télévision. Enfin plus grave encore, le réchauffement climatique a été jugé par certains journalistes (et candidats !) comme une menace dont l’urgence était relative. Les programmes dont la composante écologique est la plus forte, portés par JL Mélenchon et B. Hamon arrivent respectivement à la 4ème et 5ème place place du scrutin du 23 avril. A croire qu’un cataclysme annoncé n’est plus vraiment un cataclysme…

Je ne donnerai de leçon de morale à personne. Surtout pas aux gens qui votent Le Pen car meme si la base militante de ce parti est profondément raciste et xénophobe, il séduit sans s’en cacher ouvriers et employés, qui sont les grands perdants de cette mondialisation qu’on nous dit heureuse. Je note que les penseurs dominants ne s’alarment pas du fait que l’électorat des candidats défendant une politique critique à l’égard de l’Union Européenne (Le Pen, Mélenchon, Dupont-Aignan, Poutou) atteint 49% des suffrages exprimés. Pas assez pour laisser la place à un débat de fond. Il s’agit là d’une crise politique majeure et je suis extrêmement surpris que ce débat n’ait pas lieu. Les partisans de l’euro et l’Europe actuelle sont modernes. Les sceptiques, eux, sont repliés sur eux-mêmes, utopistes ou même dangereux. Depuis quand le débat politique a t il été si pauvre ?

Pour la suite, j’appelle tout le monde à réfléchir sur la situation actuelle et sur deux points. On ne peut pas toujours agiter une menace - si dangereuse soit-elle - pour inciter les électeurs à voter contre le FN et de fait pour les candidats néolibéraux. Cela marche une fois, deux fois. Mais cela ne marchera pas éternellement. Deuxièmement, la courbe du FN suit une jolie progression arithmétique. C’est 7.7 millions au 23 avril, surement plus le 7 mai prochain et probablement plus dans cinq ans, si Macron passe au second tour et continue dans cette même dynamique. Faire ce constat sans chercher à en expliquer les causes ni en désigner les vrais coupables et d’une part malhonnête, mais témoigne surtout que cette menace n’est pas prise au sérieux. Ou que celle-ci n’en est pas vraiment une… En lisant un journal comme le Figaro il y a dix jours, le “risque” Mélenchon avait clairement pris le pas sur le “problème” posé par la montée du FN.

Pour le second tour qui se profile, j’entends certains autour de moi dire qu’il voteront blanc et je les comprends. Personnellement, j’irai voter Macron car je ne crois pas que Le Pen à la tête de l’Etat favorisera la base populaire. Elle est tout autant le produit de l’oligarchie et servira tout aussi bien cette dernière que ses prédécesseurs. En revanche nous aurons un racisme d’Etat en plus. Et alors une fois que les électeurs populaires auront tout essayé, il y a un bien plus grand danger qui guette. Pas une révolution, non. Pire. L’indifférence. Et c’est sur fond d’abstention massive et de fracture sociale consommée que nos dirigeants appuieront leur légitimité.

Références
- Main basse sur l’information - Laurent Mauduit
- La violence des riches - M Pincon et M Pincon-Charlot
- https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/210417/macron-un-putsch-du-cac-40-par-aude-lancelin
- http://www.seuil.com/ouvrage/comment-les-economistes-rechauffent-la-planete-antonin-pottier/9782021302417
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