Le Jeûne du cœur et de l’esprit

Les deux composantes de la foi sont la patience (as sabr) et la reconnaissance (ach chukr). Elles sont également des qualités que Dieu S’est attribué car il est Le Patient (as sabur) et Le Reconnaissant (ach chakur). La patience est propre à l’homme et ne peut être attribuée ni aux anges caractérisés par leur désir ardent (al chawq) de la présence de leur Seigneur, ni aux animaux dominés par leurs besoins concupiscents. La patience désigne la ferme constance de l’élan spirituel face à l’élan passionnel. Jeûner est faire preuve de patience eu égard aux exigences des désirs comme le spécifie notre Prophète Bien aimé (PBSL) : « Le jeûne est la moitié de la patience ».[1]

Tout comme la religion musulmane se divise en trois catégories qui sont l’islam, l’imane (la foi) et l’ihssen (la bienfaisance), l’imam El-Ghazâlî distingue différents types de jeûne :

Le jeûne du corps en s’abstenant de manger, de boire et d’avoir des rapports sexuels de l’aube au coucher du soleil.

Le jeûne de l’esprit par la renonciation aux péchés de l’ouïe, de la vue et de la parole afin de se rapprocher de Dieu et d’avoir une conscience plus aiguë du mal pour l’éviter.

Le jeûne du cœur en s’écartant de toute préoccupation de la vie terrestre pour que chaque pensée aille vers Dieu. Tel est le jeûne des Prophètes, des Justes et des Elus de Dieu.

Ainsi, le jeûne est étroitement lié à la foi et Dieu ne l’a prescrit que dans le but d’atteindre la piété.[2] Il convient donc de tout mettre en œuvre pour parvenir, si ce n’est au jeûne du cœur, au jeûne de l’esprit car « Celui qui n’abandonne pas le mensonge et les mauvaises actions, alors Dieu n’a nul besoin qu’il abandonne sa nourriture ni sa boisson »[3]. « Combien de jeûneurs ne récoltent de leur jeûne que la faim et la soif ! »[4]

Afin de préserver l’ensemble de nos organes de tout péché, il convient d’occuper son esprit, son cœur par différents moyens :

1) La lecture du Coran : le Messager de Dieu, paix et salut sur lui, a dit « Lisez le Coran car il viendra le jour de la résurrection comme intercesseur pour les siens ».[5] Il convient de lire le jour et/ou la nuit une partie du livre de Dieu, une page, un hizb, un juz…chacun selon sa capacité.

2) l’évocation (dhikr) et l’invocation (du’a) : le Prophète, paix et salut sur lui, a dit à ses compagnons en évoquant le mois de Ramadan «  (…) Multipliez-y quatre choses: deux pour satisfaire votre Seigneur et deux dont vous ne saurez passer outre. Les deux premières sont l’attestation qu’il n’y a d’autres divinités que Dieu et l’imploration de Son pardon. Les deux autres sont la demande à Dieu pour vous accorder le Paradis et le refuge contre le Feu »[6]. Ainsi, la parole la illaha illa Allah et la demande de pardon peuvent être prononcés lors d’une assise, en se rendant au travail, en préparant son repas ou effectuant son ménage, en étant allongé, etc. Quant aux invocations, les moments propices sont, entre autres, la nuit, avant la rupture du jeûne et après les prières.

3) la prière nocturne : « Ils s’arrachent de leurs lits pour invoquer leur Seigneur, par crainte et espoir; et ils font largesse de ce que Nous leur attribuons ».[7] Le messager de Dieu a dit : « Notre Seigneur (qu’Il soit glorifié et exalté) est étonné de deux hommes : un homme qui a quitté son lit, sa couverture et sa femme pour prier. Notre Seigneur dit alors : “Ô mes anges ! Regardez Mon serviteur, il a quitté son lit, sa couverture et sa femme pour prier par désir de ce qui est auprès de Moi et de ce que Je possède… ».[8] On dit à Al-Hassan Al-Basri, que Dieu lui fasse miséricorde : « Pourquoi ceux qui prient la nuit ont-ils les plus beaux visages ? » – Il répondit : « Car ils sont restés seuls avec Dieu (à L’adorer), donc Il leur a donné de Sa lumière ».

Aïcha   (que Dieu soit satisfait d’elle) a dit : « Lorsque les dix derniers jours du mois de Ramadan commençaient, le Prophète serrait sa ceinture, priait toute la nuit et réveillait ses femmes ».  Bien que les nuits soient très courtes durant cette période, tentons de nous lever avant la prière du fajr ne serait-ce qu’une heure, une demi-heure pour nous rapprocher de Dieu.

4) la bonne compagnie : quoi de plus motivant qu’une personne qui nous rappelle Dieu et nous enjoint à l’effort et à la persévérance durant ce mois béni. Recherchons une assise, un ami, un voisin, un collègue qui fera jaillir le meilleur de nous-mêmes. « Tiens-toi résolument avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, cherchant Son visage.  Et ne laisse pas tes yeux se détacher d’eux [pour aller] à la recherche des vanités de ce monde.  Et n’obéis point à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre rappel, qui suit ses propres passions et qui a dépassé toutes les limites ».[9] « Les croyants, dans les liens qui les unissent, sont comme un solide bâtiment où chaque partie en supporte une autre ».[10]

Puisse Dieu nous permettre de jeûner avec l’esprit et le cœur, nous donner la force d’œuvrer en ce mois béni et nous compter par, Sa miséricorde, parmi Ses bien-aimés.

 


[1] Rapporté par Abû Hurayra, cité par Tirmidhî.

[2] « Ô croyants! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété » (Sourate II. V 83)

[3] Parole prophétique rapporté par Al-Boukhârî.

[4] Parole prophétique rapporté par Ahmad, Al-Hâkim et Al-Bayhaqî

[5] Rapporté par Mouslim.

[6] Selon Salman d’après Ibn Khouzayma

[7] Sourate 32 – Verset 16

[8] Rapporté par Ahmed et Abou Dawoud, selon le hadith d’Ibn Mass’oud

[9] Sourate 18- Verset 28

[10] Parole prophétique rapport par Al-Boukhari et Mouslim.

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