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« Allez-vous-en, vous êtes libres ! »

Il y a 1430 ans, à quelques jours près, retentissait cette parole : « Ô habitants de la Mecque ! Que pensez-vous que je vais faire de vous aujourd’hui ?». Ils répondirent : « Du bien, car tu es un frère généreux, fils d’un frère généreux ». Le Prophète, paix et salut sur lui, reprit : « Je vais vous dire ce que Youssouf avait dit à ses frères : « Pas de récrimination contre vous aujourd’hui. Allez-vous-en, vous êtes libres » [1]

C’était le 20 Ramadan de l’an 8 après l’Hégire, correspondant au lundi 11 janvier de l’an 630 du calendrier grégorien à un jour près. C’était à La Mecque. 

C’est ce jour que nous avons choisi de passer ensemble avec notre Prophète bien-aimé, paix et salut sur lui, comme si nous étions présents en conformité à l’intitulé de la chronique de ce mois béni.

Il s’agit du retour triomphant du Prophète (paix et salut sur lui) à La Mecque [2]  , sa ville natale après s’en être forcé à l’exil.

Survol des événements précédant ce jour

Après avoir reconnu Mohammad, paix et salut sur lui, en tant qu’Al Amin, à savoir, digne de confiance, avant la Révélation, les Quoraychites n’ont pas tardé à faire souffrir la communauté de foi naissante (boycott, mauvais traitements des faibles et des démunis, exils, expoliation des biens, déclaration de guerre, etc.) pour une simple raison : avoir dit, « Notre Seigneur est Dieu » [3].

L’enseignement à tirer de cette situation est fondamental pour nous, c’est toujours le sort réservé à toutes celles et ceux qui empruntent ce chemin de la foi en Dieu unique, c’est la règle immuable et universelle de Dieu, sounnat-ul-Llah. Pas de panique donc. Il faut faire des efforts nécessaires pour nous améliorer en foi ; il faut participer dans les affaires de la société et s’armer de patience jusqu’à ce que Dieu nous accorde une issue favorable comme c’est le cas pour cette première génération en ce jour-là. Surtout pas de violence, le Prophète, paix et salut sur lui, a toujours recherché et œuvré pour le bien de tous, quelles que soient la conviction religieuse et l’idée politique. C’est pour cela qu’il, paix et salut sur lui, a signé un pacte avec ses détracteurs à Houdhaybiya ; un pacte violé qui a donc précipité ce retour en force à La Mecque.

Ce retour musclé était stratégique ; il (paix et salut sur lui) voulait absolument limiter la casse (perte de vies humaines, destruction de l’environnement, etc.) voire éviter carrément l’affrontement ; d’où l’effet par surprise que le Prophète, paix et salut sur lui, comptait utiliser. Pour encore dissuader les mecquois de ne pas recourir à la force, il (paix et salut sur lui)  a fait défilé tous les contingents (troupes de toutes les tribus, les mouhâjirines et les ansars) devant Abou Soufyan, que Dieu l’agrée, nouvellement devenu musulman. Ce plan, la stratégie de passage en revue, a bien marché ! Nous ne devons pas oublier l’aspect stratégique dans tout ce que nous entreprenons, l’étude de la vie du Prophète, paix et salut sur lui, illustrait de nombreux exemples de planning minutieux. Nous comprenons pourquoi la stratégie tient une place aussi importante dans l’effort de renouveau de l’Islam dans le contexte actuel chez l’Imam Abdessalam Yassine.

Un grand compagnon, un Badrite, Hâtib ibn Aboû Balta’a, que Dieu l’agrée, a failli faire capoter cette stratégie mais Dieu a protégé Son Prophète, paix et salut sur lui, et ses compagnons, que Dieu les agrée. Le Prophète, paix et salut sur lui, ne lui a pas tenu rigueur car il a rapidement reconnu ses erreurs. Ainsi, personne n’est à l’abri de trébucher dans la vie, il faut juste savoir se relever, reconnaître ses péchés et procéder au repentir de suite ; c’est la clé du succès dans cette vie et dans la Vie dernière. Ceci montre un autre volet de la bonté du Prophète, paix et salut sur lui, envers tout le monde. Il aimait ne retenir que les meilleures vertus chez autrui. A méditer.     

La rentrée à La Mecque

C’est le jour-J. « Une personne vraiment généreuse ne l'est point par ostentation, mais par grandeur d'âme » écrivit Jean Baptiste Blanchard [4]. Telle était la posture du Prophète, paix et salut sur lui, point d’orgueil, ni ostentation, ni esprit de vengeance. Sur sa chamelle, il (paix et salut sur lui) baissait sa tête en guise de recueillement et de reconnaissance à Dieu jusqu’au point que sa barbe frôlait la selle, tout en récitant la Sourate la Victoire éclatante (Al Fath) [5] en signe de remerciement et de la non attribution de cette victoire à lui-même, mais à Dieu Seul. Etre humble n’est pas une simulation, l’humilité et la véracité s’apprennent au sein d’un groupe ayant à sa tête un vrai guide et éducateur spirituel. C’est de la responsabilité de celles et ceux qui recherchent Dieu et Sa satisfaction de procéder à cette démarche pour trouver un tel groupe.

Une incidence qui renforce un peu plus la vertu de bonté chez le Prophète, paix et salut sur lui, concernait le cas de Sa’d ibn Ubâda, Chef de la tribu des Aws. Voyant la situation des mecquois et la supériorité des Musulmans, il s’éclata : Aujourd’hui, c’est l’épopée ; aujourd’hui, le sacré peut être profané ; aujourd’hui, Dieu a humilié les Quoraychites. Le Prophète, paix et salut sur lui, a été informé et répliqua aussitôt : C’est plutôt un jour où la Ka’ba sera vénérée, un jour où Dieu glorifiera les Quoraychites. Le Prophète, paix et salut sur lui, ordonna alors de retirer l’étendard de la main de Sa’d et de le confier à son fils. Quelle meilleure gestion de crise ! On pourrait imaginer que Sa’d, que Dieu l’agrée, ne serait pas mécontent d’avoir perdu l’étendard puisque ce dernier échoua dans la main de son fils. C’est aussi ça d’être pour le bien de tous, une leçon pour la gestion de conflits pour tous.

Le Prophète, paix et salut sur lui, effectua les tours rituels, procéda à la purification de la Ka’ba des idoles et effaça les images. Ensuite, il s’installa à la porte de la Ka’ba pour prononcer le sermon dont l’extrait est cité plus haut en direction des Quoraychites qui attendaient leur sort. Il n’y avait donc pas de vengeance, ni esprit d’humiliation ; c’était le jour de grand pardon pour le bien de tous. Nous sommes loin de l’époque actuelle où les détenteurs de pouvoir ou les vainqueurs rabaissent les faibles et les vaincus. Le monde actuel a besoin de s’inspirer de la vie du Prophète de l’Islam, paix et salut sur lui ; loin des caricatures de comportement souvent présentées par certains Musulmans. Même les soi-disant « humanistes » ont des leçons à tirer de sa vie, paix et salut sur lui.             

Conclusion

Il ne faut pas perdre de vue la globalité de la vie du Prophète, paix et salut sur lui. Il est miséricorde pour l’humanité et pardonneur.  Il savait sévir également, à l’instar des quelques individus qui étaient exclus de cette amnistie générale ce jour-là. L’objectif était d’assurer le calme dans la société et d’effectuer l’assainissement nécessaire de la jeune communauté en éliminant les fauteurs de troubles éventuels et les récalcitrants. Ainsi, être bien et être pour le bien de tous ne dédouane pas de prendre des précautions pour ne pas se faire mordre deux fois du même trou. La justice et le bel-agir vont de pair. La vigilance fait partie de la loi naturelle de Dieu. Toutefois, la porte du pardon est toujours ouverte. Même parmi ces exclus, celles et ceux qui ont pris le chemin du repentir ont tous été pardonnés, à l’image de Hind bint ‘Otba, la redoutable épouse de Abou Soufyan à l’origine du martyr et la mutilation de Hamza, que Dieu l’agrée. Elle avait d’ailleurs donné de la réplique au Prophète, paix et salut sur lui, pendant ses conseils aux femmes avant leur allégeance.

Etre pour le bien de tous consiste à connaître la particularité de chacun-e. Pour cette raison, le Prophète, paix et salut sur lui, honora Abou Soufyan, que Dieu l’agrée, parce qu’il aimait être honoré. Il (paix et salut sur lui) aurait préféré  se déplacer vers le père de Abou Bakr, que Dieu l’agrée, plutôt que l’inverse.

Nous ne pouvons pas prétendre être pour le bien de tous si quelques vices demeurent en nous. Une présentation et des analyses détaillées de ce sermon se trouvent dans les différents livres de la biographie du Prophète, paix et salut sur lui. En résumé, il sera difficile pour quiconque de prétendre être pour le bien de tous si ces vices résident en soi :

- gonfler la poitrine à cause de ses aïeux et de sa tribu

- être fanatique en cultivant l’esprit de clan

- s’enorgueillir des différences naturelles (l’ethnie, la langue, le lieu de naissance, l’ascendance et la descendance, etc.)

Et le Prophète, paix et salut sur lui, de conclure : Tous les humains descendent d’Adam, qui est de la terre, donc pas de quoi  être fier ; un individu ne surpasse un autre que par sa foi et sa piété, un domaine réservé de Dieu ; et nous ajoutons qu’il faut apporter la preuve de celles-ci (la foi et la piété) en participant activement dans l’effort de la transformation de la société par le don de ses biens et de sa personne, l’aspect visible aux humains et sert comme un témoignage.

[1] – Rapporté par Ibn Ishâq dans Sira.

[2] – Nous préférons utiliser cette terminologie « retour triomphant à La Mecque » plutôt que le terme habituel « la conquête de La Mecque » pour maintes raisons. Une conquête n’est jamais sans arrière-pensée d’une récompense matérielle (conquête de l’Ouest, de l’Espace, etc.). Ceci n’est pas le cas ici : pas de butin, pas de prisonniers ni captifs, etc.

[3] – Le Coran, chapitre 41 verset 30.

[4] – Jean Baptiste Blanchard (1731-1797) : « Les maximes de l'honnête homme, ou De la sagesse ». Editions J.-F. Stapleaux, 1772, 2 vol.

[5] – Le Coran, chapitre 48.

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