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Laisser les enfants… être des enfants

Ces dernières années ou depuis peut-être plus longtemps encore, un phénomène a pris de l’ampleur : occuper les enfants. Je remarque autour de moi, de nombreux parents qui redoublent d’efforts pour trouver des activités à leurs enfants. Ce phénomène s’est même étendu aux petits enfants et ce de plus en plus tôt.

Les activités se consomment comme tout le reste désormais. Ainsi on voit de plus en plus de lieux qui offrent des espaces de jeux payants pour les enfants, jeux intérieurs, extérieurs, activités sportives ou de loisirs, il y a pléthore en la matière. Sans parler des jeux ou activités à faire à la maison ; celles pour développer la motricité fine sont à la mode chez les tout-petits. Il y a à prendre et à laisser bien-sûr, mais ce que je souhaite soulever ne concerne pas ces produits en eux-mêmes, de temps en temps il n’y a aucun mal bien entendu, il s’agit plutôt de ce dont ils sont le reflet qui est à questionner.

Les enfants ont-ils vraiment besoin de tout ça pour grandir, se construire et développer leurs sens et leur motricité … ?

Sur-stimulation de l’enfant : besoin réel ou non ?

Sans doute pas. Les enfants ont toujours su développer leur motricité fine naturellement, comme le langage, la marche etc, c’est inné. Dieu les a créés avec ce potentiel.

Ne serait-ce pas plutôt le besoin des parents qui va être comblé par tous ces «outils» ? Notre société nous pousse à sur-stimuler les enfants, comme si pour les remplir il fallait leur offrir un tas d’activités, comme si pour remplir les parents il fallait que les enfants sachent lire le plus tôt possible, prouver qu’ils sont doués, intelligents, capables, comme si tout cela était le reflet des parents eux-mêmes, le gage de leur «bon travail».

Isabelle Filliozat, psychologue désormais connue pour son approche en neurosciences sur le développement et sur les émotions infantiles, aborde ce point dans son livre «Il n’y a pas de parents parfaits » : « Car notre enfant est un peu notre miroir. Nous avons tendance à le considérer comme notre prolongement, comme une partie de nous. Nous projetons sur lui notre personne actuelle et attendons de lui qu’il soit celui que nous aurions aimé devenir. Il porte notre moi idéalisé. Inconsciemment, nous le chargeons de la tâche de restaurer notre image. Alors toute déception nous atteint profondément.»

Mais si en fait tout ça n’avait aucune importance ?

Laissons les enfants être des enfants, ils n’ont pas besoin qu’on leur apprenne la motricité fine, ils vont eux-mêmes chercher à l’acquérir car c’est instinctif, c’est inscrit en eux !

Par exemple : laissez en permanence à disposition des feuilles et des crayons, vous verrez vos enfants gribouiller, puis s’entraîner à faire des ronds, des pics, des vagues, des points etc. sans même qu’on leur demande. Laissez-les de temps en temps jouer au-dessus du lavabo avec deux boîtes, vous les verrez transvaser et re-transvaser.

Et surtout amenez-les jouer dehors, pas dans un parc de jeux, non, dans la nature, où il y a de l’herbe, des cailloux, des bouts de bois … les voilà qui se créent eux-mêmes tout un univers, qui s’inventent des jeux qui développent parfaitement leurs sens, leurs capacités cognitives, leur imagination et leur sensorialité … naturellement et gratuitement !

Bien-sûr cela ne veut pas dire qu’il ne faut acheter aucun jeu, ni ne proposer aucune activité. Mais ce sont des choses qui peuvent tout à fait rester occasionnelles et secondaires. Tout est là à portée de main, Dieu a mis tout le potentiel en eux, rien ne sert de vouloir les brusquer, ce potentiel va éclore si nous mettons à leur disposition les bons outils, et les meilleurs outils sont ceux du quotidien : Les laisser faire la cuisine avec vous (même s’ils renversent, ce n’est pas grave, renverser puis nettoyer fait aussi partie de l’apprentissage), laissez-les jouer dans la terre, se salir les mains, jeter des cailloux (dîtes-leur simplement où ils peuvent et où ils ne peuvent pas le faire), laissez-les gribouiller, dessiner à volonté, laissez-les courir, même s’ils risquent de tomber ! Laissez-les toucher, sentir, oser … laissez-les vivre et expérimenter, soyez simplement présent pour les accompagner mais pas pour faire à leur place non ! Mais plutôt pour faire avec eux.

Charlotte Mason dans sa pédagogie parle de cet apport éducatif que représentent les outils quotidiens : « Lorsque nous disons que l’éducation est une atmosphère, nous ne voulons pas dire que l’enfant devrait être isolé dans un environnement infantilisé, spécialement adapté et préparé, mais nous devons plutôt tenir compte de la valeur éducative de l’atmosphère de la maison, au regard des personnes et des choses, et nous devons le laisser vivre librement dans ses conditions. Cela abrutit un enfant de réduire son monde à un niveau infantile.»

Nos enfants ne nous appartiennent pas, ils ne sont pas le reflet de nous-mêmes, ils sont des êtres à part entière dont le potentiel ne demande qu’à éclore, si on leur laisse toute la place d’être eux-mêmes, même s’ils sont très différents de nous, de nos espérances … ils sont tels que Dieu les a créés et nous ne faisons que les accompagner sur leur voie personnelle.

Maria Montessori, qui prône dans ses ouvrages le fait d’accompagner l’enfant plutôt que de l’orienter, d’avoir confiance en ses capacités innées, disait d’ailleurs à ce sujet : « Il s’agit de défendre le droit de l’enfant d’être actif, d’explorer son environnement et de développer son patrimoine intérieur à travers toutes sortes de recherches et d’efforts créatifs. Éduquer consiste à guider l’activité, pas à la réprimer… Le rôle du maître est de nourrir, d’aider, d’observer, d’encourager, de guider, d’inciter, et non pas de se mêler, d’ordonner ou d’interdire.» «Il faut laisser les enfants exercer leurs qualités innées, et bien entendu ne rien faire qui puisse les étouffer.»

Alors ce n’est pas en leur proposant une multitude d’activités encadrées que nous pourrons au mieux les accompagner, mais en ayant confiance en leur potentiel inné et en leur laissant le temps de l’explorer eux-mêmes, à leur manière. Certains développeront des capacités très tôt, d’autres très tard, mais rien ne presse. La pression sociétale, ou celle de l’entourage ne doit pas entraver cette confiance en l’enfant et en ses capacités.

Céline Alvarez auteur du livre : « Les lois naturelles de l’enfant » dit ce qui résume parfaitement le sujet de cet article : «De nombreuses études portent à croire – devrions-nous en être étonnés ? – que l’environnement idéal pour le bon développement global du jeune être humain est un environnement non pas innovant ou sur-stimulant, mais un environnement qui s’apparente à un milieu naturel. Il s’agit donc d’un environnement où l’enfant serait connecté au monde, à la nature, à sa culture, à des êtres humains différents de son âge. Un tel environnement lui permettrait d’exercer librement et de manière optimale sa motricité en plein développement, en grimpant aux arbres, en escaladant ou en marchant sur des éléments naturels. Connecté au monde et à la nature, ses sens emmagasineraient par ailleurs une grande quantité d’informations visuelles, olfactives, auditives, ce qui favoriserait grandement le bon développement de son intelligence globale.»

Ce qui n’est pas acquis ne l’est simplement pas encore ! Ce n’est pas un échec ni un retard c’est un parcours personnel.

Alors tout simplement : laissons les enfants, être des enfants ! Que Dieu facilite à chaque parent et permette à chaque enfant de s’épanouir pleinement.

Source : http://www.ahlymagazine.com/laisser-les-enfants-etre-des-enfants/

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