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Mère, épouse et engagée : Reprendre ses études, c’est possible !

Aujourd’hui, je rencontre Samira, épouse et mère de 3 enfants, active et engagée au sein de la société et de la mosquée, elle incarne la femme intellectuelle qui allie pratique religieuse, reprise d’études, vie de couple et rôle de mère.

 

Loin des clichés de la femme musulmane voilée, soumise et cloîtrée chez elle, comme Samira, les femmes musulmanes d’aujourd’hui sont nombreuses à faire de beaux parcours universitaires. Beaucoup d’entre elles ont repris leurs études après la trentaine en étant épouse et mère.

Suivez-moi à travers ces quelques questions posées à notre invitée pour comprendre et voir comment il est possible de retourner sur les bancs de la faculté et de gérer en même temps un foyer, une vie de couple et des enfants !

Samira pouvez-vous nous parler un peu de vous ?

Que la paix de Dieu soit sur vous. Je m’appelle Samira et je suis étudiante. J’ai grandi à Casablanca, mon père était directeur d’école après avoir été plusieurs années instituteur de langue arabe. Ma mère est femme au foyer. J’ai grandi dans une famille qui accordait beaucoup d’importance au savoir. Nous avons grandi dans un cadre où il y avait l’amour des études, de l’effort et de la lecture. Mon père lisait énormément et il nous a transmis l’amour du verbe et des études. Il accorde plus d’importance aux études qu’au travail en lui-même. Il désirait que nous soyons des personnes instruites et cultivées. Il valorisait les études et nous poussait à étudier en nous laissant le choix de suivre la filière que nous voulions.

Mon père est encore aujourd’hui très présent pour moi dans ma vie, ses invocations et son soutien m’accompagnent.

Quel a été votre parcours scolaire ?

J’ai eu un parcours scolaire standard. J’ai décroché un Bac S. J’étais une bonne élève très souvent parmi les premières. Je suis ensuite allée à la faculté de maths et physiques à Casablanca. J’ai eu une licence en maths qui m’a permis un accès direct en école d’ingénieur en informatique. J’ai ensuite travaillé un peu dans une banque avant de me marier puis de venir en Europe. J’ai vécu quelques années dans un autre pays pour ensuite venir en France, cela fait 12 ans maintenant que j’y vis.

A quel âge avez-vous repris vos études ?

J’ai repris mes études à l’âge de 36 ans. Cet âge fut un tournant dans ma vie parce que mon dernier enfant entrait à l’école. J’ai pris la décision de reprendre mes études au moment où ma fille entrait en maternelle. Avant cela, je ne concevais pas de faire garder mes enfants pour reprendre mes études. Quand ils furent tous à l’école, je me suis permis de penser à moi et de reprendre le chemin de la faculté. Je suis aujourd’hui en Master 2 en faculté de psychologie. Et je ne regrette pas d’avoir attendu que mes enfants soient un peu plus grands.

Comment faites-vous pour allier vie de couple, de mère, de femme engagée dans la société et la mosquée et vos études ?

Tout d’abord je dirai que le plus grand atout que j’ai eu est le soutien de mon époux et sa faculté à s’adapter à notre nouvelle vie. Sans son aide, son soutien et sa compréhension, il m’aurait été très difficile je pense de réussir et de m’accrocher comme je le fais. Je le remercie de tout mon cœur pour cela. Et je profite pour encourager tout les couples à se soutenir dans les projets que voudrait entamer l’un ou l’autre des conjoints. Soutenir l’autre, ne pas voir ce qui n’est pas fait, aider et soulager l’autre en faisant de temps en temps ses tâches et en étant souple et flexible pour que l’autre s’épanouisse dans son projet peu importe ce qu’il est. J’ai eu aussi du soutien de mes amies et cela m’a beaucoup aidée. Se sentir soutenue dans notre objectif, recevoir des paroles d’encouragements, des invocations est une très grande aide pour réussir et je profite également pour leur dire un grand merci !

Le second point, je dirai que mon mot-clef dans ma démarche fut : « l’organisation ». Mes journées et mes semaines étant très chargées, je ne me permets pas de laisser quoique ce soit au hasard. Il est également essentiel de revoir ses priorités. Lorsque l’on a le projet de reprendre des études en étant mère et épouse, on sacrifie obligatoirement des choses, on revoit ce qui est important pour nous et on accepte de vivre différemment. J’ai dû faire des sacrifices au niveau de mes loisirs, j’ai dû réorganiser mes relations sociales. J’ai limité mes sorties et mes moments de détente. Il est évident qu’en reprenant ses études, on ne peut passer des heures avec ses amies à discuter de tout et de rien. Il n’est plus possible de faire ce que l’on veut, quand on le veut et comme on le veut mais ce sont des choses que j’ai acceptées et je n’ai aucun regret. J’ai donné un cadre assez strict à mon quotidien mais c’est aussi une source d’épanouissement. Il faut également savoir donner du temps à chaque chose et plutôt que de faire les choses en quantité, on choisit la qualité parce que l’on n’a pas de temps à perdre.

Lorsque j’ai repris mes études, il était évident que cela ne serait jamais au détriment de ma famille. Lorsque mes enfants étaient malades, je restais près d’eux et je m’absentais des cours que je rattrapais très rapidement. De même les activités sportives de mes enfants ne se sont pas arrêtées avec mon projet, j’ai continué à accompagner mes enfants à leurs activités sportives après l’école même si parfois j’étais si fatiguée qu’il m’était difficile de mettre un pied devant l’autre. Mais ma famille est ma priorité !

J’ai très peu de temps de loisirs, des temps « morts » où je ne fais rien. Lorsqu’on veut arriver à son but, nous n’avons pas de temps à perdre ! Je passe très peu de temps en compagnie de mes amies, très peu de temps au téléphone sauf lorsqu’il s’agit de mes parents.

De même, mon engagement au sein de la mosquée fut réduit mais les cours d’arabe que je donnais n’ont pas arrêté. C’était pour moi essentiel de continuer et même si l’on a l’impression que c’était une charge avec mes études, cela était au contraire une source de bénédiction. Je donnais à Dieu et Il me le rendait en me facilitant les choses et en bénissant mon parcours. Encore aujourd’hui avec les difficultés que j’ai pu rencontrer, je me demande comment j’ai pu y arriver et je sais que le secret réside dans la foi et dans la confiance en Dieu. Celui qui donne pour Lui ne sera jamais déçu !

Durant les périodes d’examens, mon organisation devient plus soutenue. J’ai la chance d’avoir hérité de mes parents la bonne habitude de me coucher tôt. Je me suis toujours couchée très tôt pour me lever tôt. Et je pense que ce fut un très grand atout dans ma reprise d’études car le matin, bien reposée, je révise pendant que les enfants sont encore endormis.

Avoir une bonne hygiène de vie est nécessaire lorsqu’on veut atteindre un objectif. Un cerveau bien reposé est un cerveau qui emmagasine mieux et mes parents m’ont légué cette bonne habitude qui ne me quitte pas et qui certainement m’a aidée à arriver là où je suis.

Le dernier point important est peut-être la chance d’avoir des enfants autonomes qui étant plus grands se débrouillent seuls sur certaines tâches. Tout faire à la place d’un enfant ce n’est pas l’aider pour son futur. Aider et rendre ses enfants autonomes cela est bénéfique pour lui et pour ses parents et je me suis toujours attelée à cela grâce à Dieu.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

La première année, je pense fut assez complexe car il a fallu réorganiser ma vie et celle de ma famille. Mais dès que l’organisation fut trouvée cela fut plus simple. Il y a eu également la difficulté de me retrouver avec des jeunes de 18 ans et parfois même des profs plus jeunes que moi. J’avais, j’avoue, une certaine gêne au début face à l’âge des autres étudiants. J’étais gênée d’être vue comme quelqu’un qui reprend ses études à mon âge !

La difficulté également de travailler avec les jeunes car je remarquais que l’investissement n’était pas le même, les mentalités étant différentes, le fonctionnement et l’organisation du travail l’étaient également. Les jeunes faisaient souvent les choses à la dernière minute et pas aussi bien que ce que j’aurais aimé.

Qu’est-ce qui vous anime et vous donne autant de force ?

Dieu et la confiance que je Lui porte. Avant même de reprendre les études, j’ai fait la prière de consultation et j’ai remis mon sort entre «  Ses mains ». Lorsque parfois, il y a des moments difficiles, je me souviens de mon objectif et des raisons qui m’ont poussée à me lancer dans ce projet. Je suis convaincue que toutes les femmes, même si elles sont mères et épouses, ont la capacité de réussir et la femme voilée est elle aussi tout autant capable de réussir.

Je fus frappée l’année dernière et cette année encore de voir que j’étais la seule femme voilée dans ma classe. Les études sont une grande porte que chacune d’ entre nous devrait prendre et c’est une chance que l’on devrait saisir sans hésiter dès lors qu’on en ressent l’envie et le besoin.

Ce qui m’anime également est que je souhaite que l’image des femmes voilées change et pour moi le travail, les études, l’engagement social ou associatif le permet. Chaque femme peut être épanouie là où elle souhaite être. Etre mère et épouse est un travail noble et ces femmes qui se donnent corps et âmes pour leurs familles ne déméritent pas. Mais lorsque l’on veut faire autre chose en parallèle, on peut y arriver. Le voile n’empêche pas de reprendre ses études, au contraire, il les encourage !

Quel message pourriez-vous faire passer à toutes ces lectrices (ou lecteurs) qui pensent qu’on ne peut pas reprendre des études et être épanouie lorsque l’on devient épouse et mère ?

La première chose je pense est avant tout de construire son projet avant de se lancer. Faire des études et les réussir est une chose faisable en étant épouse et mère mais il faut dépasser ses peurs ! Tout est possible, si on est motivée. Les études ne sont pas si difficiles que ce que l’on pense si l’on accepte d’avoir une vie différente de ce que l’on avait, que l’on accepte les sacrifices et les efforts. Se contraindre à une bonne hygiène de vie en se couchant tôt et en se levant tôt également. Il faudra continuer à y croire même dans les plus grands moments de doute. Ne jamais laisser tomber ce que j’appelle les « moments de bénédiction » tels que la prière, les invocations pour soi mais aussi celles que l’on reçoit et que l’on demande à son époux, ses parents, sa famille….Si la reprise d’études et la réussite est faisable, il ne faut pas idéaliser les choses et minimiser les efforts. Il faut être conscient de ce que ce projet  demande. Et ne jamais oublier que Dieu nous accompagne. J’ai senti tellement de fois Sa présence dans des moments de doutes et de grandes difficultés. Je me souviens de l’année de ma licence que j’ai eue avec mention alors que j’ai trouvé cette année-là si difficile que je ne pensais pas réussir.

Je voudrais aussi dire à tous les Musulmans que nous avons malheureusement trop tendance à dire que la société est contre nous alors que cela est faux et que nous ne pouvons généraliser les choses. On voudrait que les portes s’ouvrent devant nous mais qu’avons-nous fait pour le mériter ? Quels efforts ? Quels sacrifices avons-nous fait ?

Lorsque l’on va vers les autres, que l’on donne la chance aux autres, on se rend compte que tous ne nous ferment pas la porte. Pour ma part, je vis de très belles choses avec mes professeurs, depuis le début, j’ai trouvé une écoute auprès d’eux, du réconfort,  des conseils.

Les professeurs m’ont encouragée et réconfortée, ils ont pris de mes nouvelles, m’ont rassurée…

Nous avons une idée des gens et pensons que tous nous discriminent et nous stigmatisent alors que cela est faux ! Toutes ces années passées à la faculté, jamais je n’ai eu une remarque sur mon voile. On se victimise beaucoup trop, on se cherche des excuses… Je n’ai pour ma part jamais senti de racisme, je me suis toujours sentie bien acceptée et respectée. Il ne faut surtout pas donner cette image à nos enfants en leur faisant penser qu’ils sont rejetés. Il ne faut surtout  pas s’arrêter sur une mauvaise expérience, il faut vivre nos rêves et nos ambitions et les faire vivre à nos enfants !

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