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Femme, croyante, épouse et mère : engagée et active

Voici le parcours d’une femme engagée, compétente et épanouie au sein de sa famille et dans la société. Maman de trois enfants, elle incarne la femme moderne qui allie pratique religieuse, activité salariale, vie de couple et rôle de mère.

Loin des clichés de la femme musulmane voilée, soumise et cloîtrée chez elle, comme Khadija nous sommes nombreuses à être épanouies au sein de nos familles et dans notre société.

Suivez-moi à travers ces quelques questions posées à notre invitée pour comprendre et voir comment l’épanouissement est possible pour la femme musulmane aujourd’hui en France.

Khadija, pouvez-vous nous parler un peu de vous ?

Que la paix de Dieu soit sur vous. Je m’appelle Khadija, j’ai 32 ans et je vis à Lille. Je suis mariée et j’ai, grâce à Dieu, trois enfants. Je suis une touche-à-tout et aime faire plein de choses (un peu trop parfois !).

Quel a été votre parcours scolaire ?

Je suis issue d’une famille ouvrière classique. J’ai eu un parcours standard dans un lycée général où j’ai obtenu un Bac Scientifique. Ensuite, je me suis orientée vers un DUT Commerce-Marketing-Communication car je suis une « touche-à-tout » et je recherchais une formation polyvalente, me permettant d’avoir un large choix de formations et d’emplois par la suite. J’ai obtenu ce DUT en 2005 à Nice. En 2008, j’ai obtenu mon Master en Sciences de Gestion à l’IAE de Lille.

A quel âge avez-vous eu votre première expérience dans le monde du travail ?

J’ai commencé à travailler à 18 ans en tant qu’hôtesse de caisse, à temps partiel, afin de financer mes études. J’ai toujours eu le goût du travail et l’envie de faire les choses par moi-même. Gagner mon propre salaire a toujours été une évidence pour moi.

N’avez-vous jamais ressenti que votre foi pouvait être un frein à votre épanouissement à l’extérieur de chez vous ?

Ma foi et ma pratique sont au contraire ce qui m’a apporté un équilibre pour être une femme épanouie. Jamais je ne me suis sentie soumise ou restreinte par ma religion dans mes ambitions professionnelles et sociales. J’ai décidé de mon plein gré de la majorité de ce que je fais dans la vie et ma foi ne peut être un frein puisqu’elle est en totale adéquation avec le respect de ma personne. J’ai choisi de vivre ma foi pleinement car cela m’apporte un équilibre et un cadre, et le fait de la vivre de façon visible dans la société française n’a jamais été un problème. Plus jeune, il n’y avait pas tous ces débats sur la place de la femme musulmane en France.

Vous portez le voile depuis combien d’années ? Comment faites-vous pour travailler tout en le portant ?

Je porte le voile depuis l’âge de 20 ans. Pour mes études cela ne posait pas de problème mais pour mon job étudiant, j’étais obligée de le retirer en prenant mon poste et je le remettais après mon travail sans que cela ne gêne en rien mon employeur ni moi-même. Mais pour parer à cela et rester telle que je le désire, à savoir : voilée, j’ai choisi une alternative qui me convient complètement, le problème ne se pose donc plus car j’ai la chance, grâce à Dieu, de pouvoir travailler à partir de chez moi (en télétravail).

Que pensez-vous de toutes ces polémiques sur le port du voile et l’interdiction de le porter pour travailler ?

A vrai dire, je n’ai jamais eu de souci avec mon voile et je me définis comme étant une personne à part entière. Je suis une femme comme toutes les autres et je pense avoir de grandes compétences et des qualités humaines qui font ce que je suis. Je trouve désolant de réduire une femme à ce qu’elle porte sur la tête. La femme musulmane en France devrait avoir le choix de se vêtir tel qu’elle le souhaite. Non seulement, je me révolte contre ces hommes qui pourraient le leur imposer mais également je trouve déplacé que certains politiciens aient pour combat l’envie de retirer le voile à une femme qui le porte de son plein gré. Ce n’est pas ce que nous avons sur la tête qui fait notre personne mais bien ce qu’il y a dans notre tête ainsi que toutes nos qualités humaines, nos compétences, notre savoir-faire et notre expérience … Pour moi, ces polémiques sont dommageables pour les femmes qui finalement ne demandent rien à personne, si ce n’est d’être respectées pour ce qu’elles sont plus que pour ce qu’elles portent.

Lorsque vous devenez épouse, comment continuez-vous à vivre vos ambitions avec vos nouvelles responsabilités au sein de votre foyer ?

Le début a été facile car j’ai un époux très compréhensif, qui ne me décourage pas et ne me freine pas dans mes ambitions. Après, comme chaque chose, tout est question d’équilibre, il faut trouver le juste milieu entre trop travailler et risquer alors de ne pas être disponible pour sa famille et mettre une croix sur ses ambitions et ses envies de projets, quels qu’ils soient. Il faut revoir ses priorités et savoir qu’il y a un temps pour toute chose. Et je pense que tout être humain passe par une période où il doit faire des choix sans pour autant sacrifier à jamais ses rêves.

L’arrivée de votre premier enfant a-t-il été un frein à votre travail ?

J’ai eu mon premier enfant avant la fin de mes études puisque j’ai validé ma dernière année sur 2 ans. Il est vrai qu’il est moins facile de faire des études ou de travailler avec un enfant, mais avec un peu d’organisation et beaucoup de motivation, c’est tout à fait possible. A l’arrivée de ce petit ange, j’ai commencé à me demander comment concilier vie de famille et vie professionnelle et pour moi, il n’y avait que deux solutions : travailler à mon compte ou faire du télétravail, aujourd’hui je fais les deux en même temps. Je travaille à mon compte de chez moi et suis en même temps salariée en télétravail. Ce sont des choses de plus en plus simplifiées grâce aux nouvelles technologies (ce fut justement le thème de mon mémoire de fin d’études).

Vous êtes mère de trois enfants aujourd’hui, comment vous organisez-vous ?

A la naissance de mon troisième enfant, j’ai décidé d’arrêter de travailler afin de m’occuper de mes enfants. Ce fut une période qui a été bénéfique pour moi et ma famille. Lorsque mon dernier est entré à l’école, j’ai de nouveau ressenti le besoin de travailler. Et depuis environ un an, j’allie vie de famille, rôle d’épouse, salariée (à partir de chez moi) et je gère également mon second travail à mon compte. Gérer tout cela n’a pas toujours été facile, comme pour toute femme qui travaille et veut en même temps être disponible pour sa famille. Depuis peu, je pense avoir trouvé un début de solution, en tout cas, une solution qui me convient beaucoup mieux qu’avant. Je me lève plus d’une heure avant les enfants, ce qui me permet d’avoir un moment à moi pour ma pratique religieuse. Je ne conçois pas que ma vie ne soit que boulot, métro, dodo. Le travail n’est pas une finalité en soi, ni même le fait de fonder une famille.

Pour moi, la foi est l’essence même de ma présence sur Terre et tout ce que je fais, j’essaye de le faire avec de bonnes intentions sans jamais oublier mon devenir après la mort et c’est pour cela que je m’octroie des moments intimes entre Dieu et moi. Après ces moments privilégiés avec le Tout-Aimant, je m’avance sur certaines tâches ménagères avant le réveil des enfants. Cela me permet aussi d’être complètement zen pour le réveil et la préparation des enfants. Ainsi, je commence ma journée sans stress et avec plus de patience pour mieux gérer mes différentes activités quotidiennes. Je profite ensuite du départ des enfants à l’école pour travailler, avant de retourner les chercher. Je m’accorde à nouveau un moment en fin d’après-midi pour travailler pendant que les enfants jouent ou s’occupent de différentes façons. Je pense avoir la chance d’avoir des enfants plutôt autonomes et patients, et il est vrai que j’ai toujours essayé de les rendre autonomes pour eux d’abord, et pour moi ensuite, ce qui permet que tout le monde soit épanoui et heureux.

 Il nous arrive 2 ou 3 fois par semaine de passer des moments ludiques ensemble, autour d’un jeu de société, une sortie à la ludothèque ou un moment calme à la bibliothèque. Mes enfants ont alors une maman disponible pour eux à 100% et ils ont bien compris que lorsque je travaille, je suis là près d’eux  mais que j’ai besoin d’un peu plus de concentration. Ils ont appris à respecter cela et trouve de très nombreuses façons de s’occuper de façon ludique.

Contrairement à ce que nous pourrions penser, ils ne sont pas devant des écrans des heures pendant que moi je travaille, je ne conçois pas non plus ma vie comme cela. C’est pourquoi nous avons instauré ensemble un programme où il y a des moments de jeux, d’apprentissage, de détente, de travail et d’autres moments très peu nombreux où ils peuvent regarder un écran.

Lorsque j’ai décidé de travailler de chez moi, il était clair dans mon esprit que cela ne serait jamais au détriment de mes enfants et j’arrive, grâce à Dieu, à allier les deux, sans trop de difficultés.

Vous travaillez à votre compte en plus de votre premier travail et vous êtes engagée au niveau associatif dans votre ville, vous n’êtes jamais dépassée ?

Si, bien-sûr. Ma journée étant toujours de 24h, donc si je fais de nouvelles choses, c’est forcément aux dépens d’autres choses, à commencer par des moments personnels de lecture ou de sorties culturelles. C’est pour cela que j’essaie de faire les choses dans l’ordre, les choses prioritaires d’abord et le reste ensuite, selon le temps qu’il me reste. J’essaie de me faire des listes de tâches pas trop chargées, afin de ne pas me culpabiliser si je ne finis pas tout et ainsi ne jamais me décourager. Il m’arrive d’être frustrée de ne pas avancer aussi vite que je le souhaiterais mais j’essaie de voir tout ce que j’ai fait de ma journée et la frustration s’envole, ou presque !

Il m’a fallu aussi parfois renoncer à certains engagements associatifs comme par exemple mon implication dans le bureau de l’association de parents d’élèves de l’école de mes enfants. Il faut parfois se rendre à l’évidence et accepter que malgré toutes nos bonnes volontés, nous avons nos limites et les accepter. Toutefois, cela ne m’empêche pas d’être très présente au sein de leurs écoles et de donner un petit coup de main lorsque je le peux.

Qu’est-ce qui vous anime et vous donne autant de force ?

Ce qui me motive, c’est ma reconnaissance envers Dieu. Il m’a donné  des capacités physiques et intellectuelles et je veux m’en servir. Le fait d’être croyante est ma force et je puise chaque jour dans mes prières, la paix intérieure qui me permet de gérer chaque rôle que j’ai. De plus, Dieu m’a faite femme avec tout ce que cela implique comme capacité d’organisation, alors autant se servir de cet atout (Rire).

Ce qui m’anime également c’est d’être utile, pour ma famille d’abord, et puis pour les autres également. Je me souviens de cette parole prophétique : Le Messager d’Allah dit : « les gens les plus aimés par Allah sont ceux qui sont les plus utiles aux autres. Et lorsque les choses peuvent me sembler compliquées, je rejoins mon cercle de foi avec mes sœurs en Dieu pour me souvenir de l’essentiel. Et je me souviens de ces femmes croyantes des premiers temps de l’avènement de l’Islam qui furent des femmes pratiquantes, engagées et actives dans leurs sociétés. Même si notre société est différente aujourd’hui, notre foi reste la même.

Quels conseils pourriez-vous donner à toutes ces lectrices qui pensent que porter le voile ne permet pas de travailler ?

Je pense que mes sœurs en Dieu ne devraient pas priver la communauté et la société de leurs talents, leurs compétences ou leurs connaissances. Si elles ne peuvent pas travailler avec leurs voiles, elles peuvent se lancer en tant qu’indépendante, créer leur société, faire de l’associatif, s’engager en tant que bénévole dans l’association d’école de leurs enfants, de leurs mosquées… Les possibilités de se rendre utiles sont tellement nombreuses qu’elles trouveront toujours quelque chose qui leur plaira et leur permettra d’être épanouies. Mais cela n’est valable que pour celles qui ressentent le besoin de travailler en plus de tous les rôles qu’elles ont déjà car être épouse et mère est déjà en soi un travail très prenant et c’est un travail noble qui n’est pas toujours facile ni valorisé. Je connais beaucoup de femmes très épanouies qui ne sont ni actives à l’extérieur ni engagées dans le monde associatif, le plus important étant d’être en accord avec soi-même et de trouver son propre équilibre.

Quel message voudriez-vous faire passer à toutes ces personnes qui pensent que vous êtes une femme soumise et oppressée ?

Je voudrais dire à toutes ces personnes qu’il n’y a finalement aucune différence entre moi et les autres femmes. J’ai les mêmes difficultés, peines, joies, tristesses, bonheurs et émotions que n’importe qui d’autre. La majorité des femmes croyantes et pratiquantes que je connais sont épanouies et heureuses. Elles ont de grandes qualités humaines, des compétences et des cursus scolaires qui sont une richesse pour notre société. Toutes les femmes que je connais qui ont décidé de se voiler l’ont fait de leur plein gré, parfois même contre l’avis de leurs parents ou de leur conjoint. Lorsque l’on dépasse l’apparence et que l’on va au-delà des préjugés et des clichés on se rend compte que nous avons tellement à nous apporter mutuellement ; il y a de très belles âmes à découvrir partout autour de nous, dès lors que l’on fait l’effort d’avoir un peu d'ouverture d'esprit.

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