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Fatima moins bien notée que Marianne

Rien que le titre est évocateur d’une certaine hiérarchisation voire une opposition symbolique : on connait Fatima représentative de la maghrébine à peau mate et cheveux ondulés évocatrice d’une culture lointaine et folklorique : le pays du couscous. D’un autre côté : Marianne icône républicaine, symbole de la liberté et de la démocratie en France, élève parfaite. Tout un programme…

Cet ouvrage étudie l’étroite relation entre l’Islam et l’École Républicaine. Les auteurs s’appuient sur leurs propres travaux ainsi que sur des études antérieures pour démontrer dysfonctionnements et incompréhensions autour de cette dualité.

Commençons par signaler que le livre a été mal accueilli par le corps enseignant, et pour cause : l’ouvrage recense des enquêtes dont certaines révèlent (celle de Stéphane Zephir en particulier) que lorsque l’on change le prénom sur une copie, par exemple lorsque François est remplacé par Abdelkarim, la note baisse, les conseils de discipline pour le même type de comportement ne sont pas identiques pour tous les élèves selon leur origine « culturelle ».

Point de départ : l’évocation des attentats de Charlie Hebdo puis les attaques du 13 Novembre 2015.

Ces évènements tragiques ont bien sûr touché toute la France et bien au-delà. Sauf que … pendant la fameuse minute de silence, L’École Républicaine, qui se revendiqua alors par le slogan naissant JE SUIS CHARLIE, s’est rendue compte que tous ses élèves ne l’étaient pas. S’en suit alors un questionnement assez fourni sur le respect de laïcité, le discours politique, diffusé par le biais d’un Livret laïcité, se veut ferme: « aucun comportement contraire aux valeurs de l’École de la République ne doit prospérer en son sein».

Dans un premier temps, les auteurs prennent le temps d’analyser les différentes conceptions de la laïcité puis rentrent dans le vif du sujet : les traitements et évaluations inégalitaires au sein de l’école précitées.

En troisième lieu, ils abordent la ségrégation scolaire : à titre d’exemple les auteurs ont entrepris (par un procédé sociologique) un comptage des enfants « musulmans » par le biais des prénoms dans deux établissements du Vaucluse. Ainsi dans un établissement, nous apprenons que 89% des enfants seraient « musulmans », dans un second on en dénombre 14%. D’autres études font état de cette « éducation séparée » des élèves selon leur profil.

Il est ensuite question des préjugés diffusés dans les manuels scolaires. Une enquête a été menée auprès des plus grands éditeurs, la confusion voire l’assimilation des termes « arabe » et « musulman » y est systématique. Dans le même ordre d’idée : lorsque l’Islam est cité dans les livres d’histoire de niveau collège et lycée, il est aussitôt apparenté à une religion étrangère à la France. A titre d’illustration, une photo de la cathédrale d’Évry est utilisée pour la religion catholique et celle de la mosquée de Casablanca pour l’Islam. Les travaux de Sonia Mejri mettent en évidence la perception d’un islam dangereux (guerre sainte). Par ailleurs, sur dix-sept occurrences « islam », quinze sont en relation avec le terme islamisme. Constat qui, selon les auteurs va à l’encontre du discours qui parle d’un islam modéré. Un appel à la responsabilité est lancé.

Au terme de l’ouvrage, les auteurs avancent qu’un enseignement plus concret, moins théorique des cours d’éducation civique servirait de « vaccin contre la haine », ils prônent un dialogue plus important au sein de la classe et des établissements : il est nécessaire que tout puisse être dit pour être corrigé au besoin.

Parmi les propositions apportées, figure la refondation des contenus des manuels scolaires – la part des conflits/guerres y étant trop présente – en quelque sorte faire fi de l’histoire qui sépare au profit d’une politique d’inclusion qui rassemble.

En troisième lieu, en réponse aux pratiques ségrégatives, Durpaire et Mabilon-Bonfils proposent d’assouplir la carte scolaire à l’image de ce qui se fait à Londres c’est-à-dire à part égale : 1/3 d’enfants issus de familles favorisées, défavorisées et très défavorisées et affirment que cette répartition s’avère bénéfique pour tous y compris les enfants de milieux aisés.

Une enquête auprès des enseignants (255 répondants) permet de constater qu’une représentation négative et une certaine défiance vis-à-vis des religions, en particulier l’islam prédominent. Les auteurs concluent ce chapitre par un appel à une meilleure formation à la laïcité et au fait religieux des enseignants.

Notre avis

Cet ouvrage se lit facilement, beaucoup de références y sont citées ce qui donne envie d’en savoir plus sur des sujets adjacents. Il a le mérite, en ces temps difficiles, d’aborder des sujets assez délicats voire tabous dans le système éducatif français, certains que l’on connait d’autres moins. Il concentre un nombre de travaux non négligeables et parfois peu connus. On regrette tout de même que certaines parties soient rapidement conclues. A lire avec un certain recul (comme toute étude sociologique) autant pour les parents que la communauté éducative.

Source : http://www.ahlymagazine.com/lecture-conseillee-fatima-moins-bien-notee-marianne/

Lecture conseillée par Sabah Hamdaoui, Parentalité conseil et formation, coaching scolaire Objectif Réussite.

 

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